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Les Bisses
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ou les canaux d'irrigation du Valais Suisse |
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Les montagnards du Valais Suisse ont aménagé dans leurs
montagnes des canaux amenant l'eau des hautes vallées vers leurs cultures.
Les premiers écrits qui attestent de leur présence datent du 13e
siècle, mais leur apparition remonterait au 12e siècle, lors du
réchauffement climatique.
Les 14e-15e siècles et 19e-20e
siècles, ont été les périodes fastes de ces Bisses (agrandissement,
construction) et semblent correspondre avec l'expansion de l'élevage bovin. En
effet, l'irrigation des prés est primordiale à une bonne
croissance de la végétation.
Les paysans se regroupaient en "Consorte" en fonction des
terrains à irriguer. De nombreux conflits d'usage avaient cours, entraînant
parfois la destruction des installations ou des affrontements.
A partir de 1885, la confédération et les cantons
subventionnent, modernisent les installations et contrôlent les travaux pour
en accroître leur rendement.
Depuis 1940, le cheptel Valaisans diminue et les prés de
fauche sont transformés en culture intensive qui, à leur tour, en 1970 et
1980, diminuent également. En 1993, 190 Bisses sont recensés sur 760 km de
long, dont
165 servent encore à l'irrigation. Aujourd'hui, 94 sentiers de randonnées
permettent de découvrir ce patrimoine valaisan valorisé, alors qu'il s'est
perdu en France.
Appellation
Ces canaux sont appelés "Bisses" dans le Valais central,
"Raies" en Bas Valais, "Rus" dans le val d'Aoste, "Suonen" ou "Wasserleite"
dans le haut Valais ou encore "Bief". |

La construction
Les montagnards se débrouillaient entre eux, sans l'aide d'un
ingénieur et avec des moyens rudimentaires. Lorsque le terrain le
permettait, le canal était creusé dans le sol et parfois consolidé par des
branches ou des pierres. Le fond est tapissé de pierres plates ou de
planches, pour éviter une trop forte érosion.

Le canal pouvait également être fait de troncs d'arbres
évidés, souvent du mélèze, et emboîtés les uns dans les autres. Ils
pouvaient être posés sur le sol, surélevés par des piliers de pierre pour
assurer la bonne inclinaison du parcours, ou encore suspendus au dessus du
vide par de gros crochets en bois (les montagnards utilisaient alors les
effets de crosse des arbres, qui offrent une forme idéale) ou en métal aujourd'hui. Dans certains
passages, des ponts sont aménagés pour enjamber une vallée, une gorge ou un
couloir .
Pour protéger les sections exposées aux éboulements ou
avalanches, des tunnels plus ou moins longs ont pu être creusés. Certains aménagements
sont plus légers,
comme de simples troncs ou des pierres posées en oblique au dessus du canal,
laissant glisser les pierres et autres matériaux.

Certains Bisses parcourent des falaises abruptes et requièrent des
techniques spécifiques, et leur installation en est
particulièrement périlleuse. Lorsque la roche s'y prêtait, le canal pouvait
être creusé dans la pierre, sinon il fallait fixer des crochets en bois dans
la falaise pour y fixer les tronc évidés. Un homme se plaçait au bout d'une
planche tenue en équilibre par un contrepoids. Il perçait la roche d'encoches
pour y fixer les crochets. Ceux-ci en place, il rajoutait une planche au
dessus du vide et pour continuer son travail un peu plus loin. Le risque de
chute était très important et les accidents nombreux.

Pour les Bisses de fort débit, les troncs sont trop
étroits et ne peuvent pas accueillir autant d'eau. Ils sont remplacés par
des planches ou des plaques métalliques agencées en forme de U. Leur
écartement est maintenu par des traverses pour éviter que les parois ne
s'écartent l'une de l'autre. On les trouve souvent vers le bas des Bisses. En
effet, après avoir recueilli plusieurs affluents, le débit peux être plus
important.
Dans toutes les formes de Bisses, un passage pour le garde est
toujours prévu. Du chemin en sous bois à la planche posée sur le canal, en
passant par des passerelles suspendues le long des falaises, ces aménagement
permettaient au(x) garde(s) de circuler le long des Bisses pour en assurer
la maintenance. Ils sont aujourd'hui utilisés en sentier de randonnée.
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Aménagements
A la prise d'eau, un petit barrage détourne la quantité d'eau
voulue pour le Bisse. Des claies évitent l'obstruction par des matériaux
trop gros et parfois des bassins de décantation permettent de diminuer les
dépôts de limon et autres matières en suspension dans l'eau dans le Bisse.
En aval, la répartition s'effectue par de petits barrages qui
diffusent et régulent l'eau vers les parcelles voulues. Les canaux qui suivent
sont alors à la charge des propriétaires des parcelles sur lesquels ils
courent. De ce Bisse, en amont des parcelles, partent de multiples rigoles
qui mènent aux parcelles souhaitées. Par un jeu de pierre plate ou
de plaque métallique, l'agriculteur modifie l'irrigation de ses parcelles.
Jusqu'au 20e siècle, seule cette technique dite "de
ruissellement" est utilisée.
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Remise en eau
En hiver, les Bisses sont mis hors eau et les parties
fragiles ou exposées (chutes de pierres ou avalanches) sont démontées.
Au printemps, tous les ayant-droit à l'eau (utilisateurs du
Bisse) participent à sa remise en eau. Hommes, femmes et enfants ont des
tâches définies en fonction de leurs compétences. Pour étanchéifier le canal,
les femmes et les enfants prélèvent de l'humus et de la mousse dans les
forêts avoisinantes et les déposent ça et là dans le Bisse, les fissures
sont remplies d'aiguilles de sapin.
Lorsque l'eau arrive, elle charrie sur son front une masse
boueuse appelé "Béra" (Bélier). Un "vouasseur", posté dans le canal, retient
le Béra (mélange de boue et d'eau glacée) avec son corps, tandis que d'autres
brassent l'eau en amont pour permettre à la boue de se mélanger correctement
à l'eau. Lorsque cette mixture passe dans les fissures, elle étanchéifie le
Bisse. Après quelques minutes, le Vouasseur se retire et un autre en aval
prend le relais, et ainsi de suite jusqu'en bas. |

L'entretien
L'entretien quotidien du Bisse est assuré dans la plupart des
cas par un gardien, ou plusieurs pour les Bisses très longs. Ils se relaient
pour s'assurer du bon fonctionnement de l'ouvrage et que la répartition en
eau se fasse de la façon convenue. Dans le passé, ils pouvaient se relayer nuit et jour pour assurer
cette fonction.
Dans certain cas, ce sont les propriétaires qui assurent
cette tâche à tour de rôle.
Il faut veiller à ce que la moindre fuite soit réparée au
plus vite, enlever les branches et pierres qui tombent dans le canal,
curer régulièrement le canal pour enlever les dépôts de limon et autres,
etc.
...
Des marteaux avertisseurs peuvent être utilisés.
Judicieusement placés sur le parcours, ils sont mus par une roue qui tourne
au passage de
l'eau. Elle actionne alors un marteau qui frappe sur une planche
creuse. Si le niveau d'eau diminue ou disparaît, le marteau devient alors
silencieux, signe d'un problème en amont de celui-ci.
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Les bienfaits de l'irrigation
Les Bisses charrient des sables et des limons qui se déposent
au fil des ans dans les parcelles. Cette augmentation en particules fines
améliore la rétention d'eau des sols et leur fertilité (surtout dans le cas
de présence de potasse).
De plus, les Bisses perdent en général un quart de leur
quantité d'eau sur leur trajet. Cette eau favorise la pousse des végétations
les bordant.
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Quelques
idées de randonnées pour découvrir ce patrimoine helvétique
Attention, ces idées de randonnées n'engagent en rien la
responsabilité de l'auteur. Munissez vous de tout l'équipement adéquat. Ces
itinéraires sont souvent rendus dangereux par la présence de falaises en
dessous et au dessus. Les enfants et les personnes sensibles à la hauteur
devront être particulièrement surveillés et protégés.
Prenez la météo ici !
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Bisse du Ro, lac de Tseuxier,
Bisse d'Ayent et Bisse de Lens
Effectué en Mai 2005
Temps :
une grosse journée est nécessaire (entre 8h et
10h). Toutefois, il est possible d'effectuer d'autres boucles bien plus
courtes dans le même secteur.
Difficulté : ces bisses sont par endroits
vertigineux. Une simple corde, côté montagne, pour se tenir et des planches
pour marcher. Il n'y a pas vraiment de difficulté technique particulière
compte tenu que cela reste de la marche, mais l'ambiance peut impressionner
certaines personnes. Le Bisse du Ro est réputé pour être dans les plus
impressionnants de la région. Les sentiers sont par endroits étroits mais
permettent toujours le passage. Les faux pas ne sont pas admis, alors faites
attention également à votre fatigue qui diminue votre attention et votre
précision.
Intérêt :
Les Bisses du Ro et d'Ayent offrent de beaux paysages et des prouesses
techniques impressionnantes. Quant à celui de Lens, il présente de beaux
exemples de protection contre les chutes de pierre et glissements en tout
genre. Pour les trois, le canal est creusé dans la roche ou dans le sol. Le
Bisse du Ro et de l'Ayent sont bouchés dans leur partie haute. Le reste du
parcours du Ro accueille peut être encore de l'eau à la belle saison. Il est
en tout cas bien entretenu. Malheureusement, celui d'Ayent en est au stade
de relique. L'eau n'y coule plus du tout. |


Bisse du RO

Bisse d'Ayent

Bisse de Lens

Bisse de Lens |
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Description :
Se garer à Icogne (parking gratuit dans le virage en
traversant le village). Monter entre les maisons et suivre sur votre carte
les chemins très raides et les routes qui serpentent entre les lotissements.
Vous pourrez admirer de très beaux chalets. Après avoir remonté une
clairière, vous débouchez à proximité d'une route et d'une buvette (1h30). Le
départ du Bisse du Ro est là.
Attention,
si une pancarte indique la fermeture du Bisse, n'y allez pas, car les passerelles
dans les passages difficiles sont enlevées.
Empruntez le sentier en sous bois le long du canal creusé dans la terre. Le Bisse suit le flanc de la montagne et
enjambe par endroits des ravins, des couloirs et longe le flanc de falaise.
Belle ambiance vertigineuse. Tôt le matin, vous pourrez y surprendre des
chamois. Vous pouvez admirer sur le versant d'en face, le Bisse d'Ayent que
l'on devine dans la falaise.
La sortie de
la forêt coïncide avec une grande traversée dans des pentes rocailleuses. Il
est possible de trouver des névés en début de saison. Le canal disparaît
sous les pierres. Remonter jusqu'à rejoindre l'Ertentse. Ne traversez pas
mais remontez en rive gauche par les alpages jusqu'au prochain pont. Traversez
le et suivez le sentier sur votre gauche jusqu'au barrage.
Traversez le
barrage puis prenez un sentier qui descend sur votre gauche. Passez
quelques chalets isolés et poursuivez la descente dans la végétation dense. Le
sentier descend dans une grande combe puis traverse sur votre droite en
direction des falaises.
On retrouve
la trace du bisse dans la falaise. Le sentier qui le suit est par endroits
étroit et en mauvais état. Attention à ne pas mettre le pied à coté !
Variante
A la sortie de la falaise, on retrouve un sous bois. Marchez
un bon moment (30 minutes minimum) et vous pouvez tenter une descente directe
par plusieurs sentes qui s'offrent à vous. La pente dans les sous bois est très
raide et certaines sentes disparaissent. Cette option est réservée au très bon
marcheur sachant trouver un itinéraire dans des terrains délicats. Traversez
une première route forestière puis poursuivez à travers bois. Arrivés sur la
seconde route forestière, prenez à gauche jusqu'au pont métallique et
poursuivez l'itinéraire décrit plus bas (1).
Poursuivez jusqu'à traverser une route, puis prenez un
sentier à gauche qui rejoint à une intersection cette même route. Prenez alors
la route forestière qui nous ramène dans le fond de la vallée. Attention à
ne pas vous tromper, il y a plusieurs intersections. Cette route arrive à un
pont métallique que l'on traverse.
(1) Prenez le sentier de droite dans des ardoisières. Il
monte et descend à plusieurs reprises avant une grande descente jusqu'au
torrent. On rejoint à cet endroit le départ du Bisse de Lens.
Ce Bisse nous ramène directement sur le haut d'Icogne en
traversant une belle forêt de fond de gorge. Le canal est creusé dans le sol
ou dans la pierre dans les passages de falaises. De nombreux ouvrages de
protection sont présents tout le long du parcours. L'ambiance tranquille de
ce bisse, après avoir vécu celle des précédents, et la fin de journée peut
entraîner une relâchement de votre attention. Attention, le sentier est par endroits en
bord de falaise et il reste quelques passages sur des passerelles
suspendues.
Arrivés sur la route, vous n'avez plus qu'à descendre jusqu'à
votre véhicule.

Bisse du Ro
partie haute |
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Bisses de Niwärch
et l'Undra Suon
Effectué en Mai 2005 Temps :
une journée.
Difficulté : Un bon chemin est toujours présent le
long de ces deux bisses. Un passage (Niwärch) de 3 mètres s'effectue sur une
planche. En plusieurs endroits, le chemin surplombe de petites falaises.
Intérêt :
Le hameau de Niwärch offre de très beaux exemples de construction typique de
chalets de bois montés sur pilotis. Canal en eau et prairies des coteaux
ensoleillés (début du Niwärch) sont très agréables et contrastent avec la suite,
plus sauvage. Le canal disparaît dès les premiers rochers. On peut y voir la
reconstitution d'un bisse suspendu à des poutres en formes de crochet (3
mètres). Un marteau avertisseur est également visible. Ce bisse nous mène
dans un fond de vallée typiquement montagnard. Le parcours de l'Undra Suon
est forestier. Il est possible d'observer la prise d'eau encore en activité
(attention). Description :
Se garer à Ausserberg (payant). Traverser le village, en
admirant une belle architecture, et rejoindre le hameau de Niwärch par la
route. Vous pourrez y admirer des Raccards entièrement en bois, posés sur
des pilotis surmontés de grandes pierres plates. Ces pierres limitaient la
remontée d'humidité et empêchaient les souris de pénétrer dans le raccard.
Gerbes de céréales en court de mûrissement ou foin y étaient stockés.
Poursuivre en montant jusqu'à rejoindre le bisse qui coule
dans les prairies. Le suivre jusqu'à proximité de la route. De l'autre côté
de celle-ci, vous pouvez observer le tunnel qui remplace aujourd'hui la
partie extérieure, trop difficile d'entretien. Descendre la route, ou
poursuivre par le bisse, jusqu'à une épingle à cheveux. Poursuivre alors le
sentier qui part en direction du fond de la vallée.
Passer une reconstitution d'un bisse suspendu et plus loin,
en contournant un rocher, remarquer un marteau avertisseur encore en place.
La roue était actionnée par l'eau et soulevait le marteau qui tapait sur une
plaque métallique, pour en accentuer le bruit. La disparition de l'eau
avertissait alors le gardien d'un problème en amont.
Tout le long, vous pouvez également admirer le bisse du Gorperi
accroché sur le versant opposé.
On perd le bisse dans la végétation pour ensuite rejoindre
quelques chalets isolés. Un refuge est présent de l'autre coté du pont.
Revenir sur ses pas et descendre en direction d'un pont (plus
bas que celui qui fait face au refuge). Rester sur cette rive et descendre à
travers bois jusqu'à retrouver le l'Undra Suon. En arrivant à proximité, un
bruit de cascade trahit la présence de la prise d'eau. Descendre jusqu'au
bisse et prendre le sentier qui le remonte, pour admirer la prise
d'eau, en ne vous approchant pas des installations (danger).
Suivre ce bisse tout le long dans le sens d'écoulement de
l'eau. Vous pourrez y voir les restes
d'un marteau avertisseur. Arrivés dans Ausserberg, poursuivre par la route
jusqu'au parking. |


Raccards de Niwärch

Bisse suspendu (Niwärch)

L'Undra Suon |
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