Habitat des
Hautes Combes Jurassiennes
Histoire
Les hautes combes commencèrent à être défrichées sous
l'impulsion de l'abbaye de St Claude, avant le 10e siècle. L'habitat est alors entièrement en
bois et démontable, ce qui permet de déplacer l'habitat en fonction des
parcelles défrichées. Les fermes sont isolées les unes des autres par la
contrainte de la "mainmorte", qui oblige les paysans à habiter sur les terres
qui leur sont allouées. En hiver, les paysans ne restent pas sur les hautes
combes au climat rude, mais ils redescendent dans les vallées.
Aux 13e-14e siècles, l'habitat devient
permanent sur les terres les plus basses. L'habitat est toujours dispersé et
seuls quelques villages existent, à proximité des centres religieux (les Bouchoux) ou en zone affranchie (les Moussières).
Aux 16e-17e siècles, toutes les terres
sont désormais colonisées. A cette époque, la maçonnerie en pierre apparaît,
principalement pour les murs pignons, qui n'ont alors pas la fonction
de porter la charpente.
A partir du 18e siècle, à l'abandon de la
mainmorte, de nouveaux villages se développent.
Forme de l'habitat
Sous forme d'un habitat isolé, les fermes ne sont pas
disposées dans le fond des combes, qui retiennent le froid et les brumes
humides, mais sur un bord.
Elles se présentent en un seul bloc ("ferme-bloc"), ce qui permet
plus de commodités l'hiver pour aller et venir entre l'étable et le logement.
Le faîtage est orienté en direction des vents dominants. Le
vent qui souffle de l'Ouest/Sud-Ouest est le plus fréquent et il apporte la pluie. La
bise qui souffle du Nord/Nord-Est apporte un temps froid et sec. Le faîtage des
maisons était donc globalement orienté Nord-Est à Sud-Ouest. Mais comme les
reliefs peuvent modifier les courants d'air, cette orientation varie en
fonction des particularités du terrain. Pour des raisons d'ensoleillement,
les fermes peuvent également être orientées plus au soleil. Le vent ne
pouvant alors plus chasser la neige correctement, la charpente est
redimensionnée sur le coté où les accumulations sont les plus importantes.
Des "éloges" ou "galeries", orientées le plus souvent au Sud
Est, offrent un espace abrité du vent. Cette partie abrite le "bûcher" et un
balcon peut y être aménagé pour le séchage. En absence de galerie, on peut
également trouver des avancées aux murs pignons, appelées "coches" sur la
façade, qui offrent un certain abri du vent
.
Modification des formes
Autrefois, la ferme se composait d'un seul étage pour faire corps avec le terrain, avec parfois des chambres mansardées (dans les
combles, avec de petites ouvertures). A partir du 18e siècle, l'apparition
de l'artisanat (lapidairerie, tournerie, boissellerie) donne une aisance
financière nouvelle et entraîne souvent une extension de l'habitat par un premier étage
et/ou un prolongement en pignon.
La grange se trouve la plupart du temps en haut pour
permettre d'engranger plus facilement et procure ainsi une bonne
isolation du logis.
Les
édifices annexes
On trouve encore ça et là des édifices annexes à la ferme :
- Le "grenier-fort" dans lequel étaient entreposées les richesses
de la famille, comme les papiers, les vêtements du dimanche, le grain, etc,
pour les mettre à l'abri d'un éventuel incendie.
- Le "fournil" ou four à pain, bâti à l'écart de
l'habitation pour éviter les incendies.
Les toitures
La couverture
La toiture était recouverte d'ancelles d'épicéa non clouées mais
maintenues par des pierres et de grandes poutres posées sur le toit. Le bois
est fendu pour faire apparaître les nervures du bois et créer ainsi un effet de
gouttière, pour améliorer l'écoulement de l'eau de pluie. Les ancelles, d'une
durée de vie de 10 à 20 ans, mesurent entre 50 et 80 cm de long. Le toit a
une inclinaison de 25° environ.
Aux 17e et 18e siècles, l'usage du tavaillon se
répand en même temps que la production de clous. Toujours en épicéa, le bois
est également fendu pour les raisons citées précédemment. Le tavaillon est plus court que
l'ancelle (30 à 40 cm), le toit est incliné entre 35° et 40° environ. Ces
différences permettent d'augmenter la durée de vie de la couvrure, entre 30
et 40 ans,
A partir du 19esiècle, la tuile et la tôle ont remplacé
le bois. Pourtant, la couverture en tavaillon présentait l'avantage de mieux retenir la
neige par sa rugosité (nervures) et ainsi de créer une couche isolante.
La
forme
Les demi-croupes apparaissent au 18e : cette
cassure de l'angle du toit aux extrémités du faîtage permettait d'économiser de la maçonnerie. Les toits ne dépassent pas des murs pignons
pour éviter tout arrachement de la toiture par le vent.
Souvent, les charpentes sont soutenues par des piliers en
bois posés sur le sol par l'intermédiaire d'une pierre appelée "levure" ou
de semelles en bois appelées "soy".

Les murs
Avant le 16esiècle, les murs sont en bois. A partir du
16e, seuls les murs pignons, sans fonction de porteur de
charpente, sont en maçonnerie.
Au 17e, le bois réapparaît au milieu des murs
pignons pour améliorer le séchage du foin par une meilleure ventilation. Les
murs intègrent la fonction porteuse de la charpente et les colonnes
disparaissent. Les murs sont construits en moellons de calcaire extraits sur
place et joints au mortier de chaux.
Ils sont recouverts d'un enduit à la chaux grasse qui apporte
une protection contre l'humidité, les chocs thermiques et évite une
dégradation prématurée des murs. Sa couleur varie en fonction
du sable utilisé (jaune pour le sable de gravière, gris pour
le sable de moraine et rouge pour du sable d'un fond de four à chaux). Cet
enduit peut être recouvert d'un badigeon blanc pour absorber la chaleur du
rayonnement solaire et les contours des ouvertures en bleu pour éloigner les
insectes.
Le mur Sud-Ouest, plus exposé aux intempéries, est très soigné,
avec des pierres régulières, des joints fins en argile,
recouvert de bardage de tavaillons appelé "bataillé". Depuis la fin du 19e,
le tavaillon est remplacé par des feuilles de zinc.

Aménagement intérieur
Jusqu'aux 17e-18e siècles, le logement se
situe sur le pignon Nord Est et s'organise autour d'une pièce centrale
occupée par une cheminée de bois appelé "oûta" ou "tué". Cette pièce fait
office de cuisine. Sans fenêtre, sa seule ouverture est alors le sommet de
la cheminée, fermée par deux vantaux actionnés au moyen de cordes. Ce grand
conduit de cheminée servait à faire fumer les jambons, saucissons et autres
viandes, préalablement salés, pour assurer leur conservation.
A côté, se trouve la pièce de séjour et chambre à coucher
appelée "pêle" ou "poile".
Au Nord, se trouve une ou deux caves pour le stockage des
denrées alimentaires et du fromage.
Au Sud Ouest, se trouve l'étable et au dessus de l'ensemble
la grange qui assure une bonne isolation par la présence de foin.
Cette disposition répond aux problèmes d'humidité créés par
la pluie, en faisant un effet tampon entre l'étable et le logis.
Plus tard, la cheminée en bois est remplacée par une cheminée
en pierre appuyée sur un mur de refend ou un mur pignon.
Avec l'apparition du tavaillon au 17e siècle qui
améliore l'isolation des murs Sud-Ouest, l'aménagement intérieur se modifie
et le logis se déplace au Sud-Ouest. Toutefois, les fonctions des pièces
restent les mêmes. |